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Page d’histoire : LA DERNIÈRE NUIT DU MARÉCHAL MOBUTU À GBADO-LITE.Histoire partagez par Thomas luhaka

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Page d’histoire : LA DERNIÈRE NUIT DU MARÉCHAL MOBUTU À GBADO-LITE

 

(Je partage cette page d’histoire à l’occasion de la commémoration du 26e anniversaire de la mort du Maréchal Mobutu)

 

” Saddam Hussein ” emmène la famille à Brazzaville

 

Le matin du 17 mai 1997, le capitaine Kongulu Mobutu alias Saddam Hussein fait traverser les derniers membres de la famille Mobutu qui trainaient encore à Kinshasa ; parmi eux, on a aperçu maman Francisca, la sœur ainée du Marechal et épouse du général Bolozi, le très puissant chef du service du renseignement et de sécurité de l’armée de Mobutu, l’actuel DEMIAP. Le capitaine Kongulu, ayant traversé le dernier, appelle, de Brazzaville, son père le président Mobutu, qui est arrivé à Gbado-Lite depuis la veille, pour lui demander de leur envoyer l’avion pour évacuer la famille qui est maintenant regroupée à Brazzaville.

 

Le président Mobutu envoie l’avion présidentiel à Brazzaville

 

Le Marechal Mobutu instruit le major Ngani, le numéro deux de sa garde rapprochée, de demander à l’équipage de l’avion présidentiel d’aller à Brazzaville récupérer les membres de sa famille qui s’y trouve. Le major Ngani va voir l’équipage et transmet l’instruction du Marechal au commandant Mukandila, chef d’équipage. Ce dernier informe le major Ngani qu’il a juste besoin d’un peu d’argent pour l’achat du carburant à Brazzaville et le payement d’autres frais aéroportuaires. Le major revient vers le Marechal avec la demande du pilote. Le président Mobutu lui dit d’aller en parler à son épouse, mama Bobi Ladawa. La première dame va remettre au major Ngani 13.000$ américains ; ce militaire, à son tour, remet cette somme au commandant Mukandila, moyennant une décharge.

 

Le commandant Mukandila et son équipage refusent de prendre la famille présidentielle

 

L’avion décolle de Gbado et atterrit à Brazzaville. Le capitaine Kongulu et les membres de la famille présidentielle arrivent au pied de l’avion pour y embarquer. Et là, c’est la surprise de leurs vies. Le commandant Mukandila et son équipage informe le tout puissant « Saddam Hussein » que son père ” le Marechal Mobutu n’est plus président de la République “. Souvenons–nous qu’on est le 17 mai 1997 et que Laurent-Désiré Kabila s’était proclamé président de la République Démocratique du Congo, le 16 mai 1997 à Lubumbashi. Le pilote continue en disant au fils du Maréchal que ” cet avion appartient à l’Etat Zaïrois, ce n’est pas un bien privé de votre père. Donc, je ne peux plus vous transporter. Veuillez vous débrouiller autrement “. Le capitaine Kongulu informe son père de l’attitude affichée et des propos tenus par l’équipage. Le président Mobutu appelle alors son ami Eyadema, président du Togo, qui va envoyer un autre avion récupérer la famille sa à Brazzaville et les amener à Lomé.

 

Le major Ngani en patrouille

 

Dans la soirée du 17 mai, de Kawele où ils sont, le Marechal et ses hommes attendent des coups de feu. Inquiet, le major Ngani demande au Maréchal la permission de sortir pour une patrouille de reconnaissance. Il prend une jeep équipée d’une mitrailleuse et va jusqu’à Gbado-Lite (située à 13Km de Kawele). Là, il constate que la ville est presque déserte ; personne dans les rues. Il poursuit sa patrouille sur la route qui mène à Mobayi-Mbongo. Il s’arrête à 3Km environ de cette ville. Et là, portées par le vent, il attend distinctement les voix des militaires de la DSP (Division Spéciale Présidentielle, la garde prétorienne du Maréchal) qui avaient été envoyés à Yakoma pour stopper l’avancée des militaires de l’AFDL vers Gbado-Lite et qui reviennent maintenant vers Gbado et ils sont très en colère.

 

Des militaires de la DSP en colère

 

En colère contre leur commandant, le général Etienne Nzimbi, qui les avaient envoyé à la mort au front alors que lui-même avait déjà fuit le pays (les nouvelles vont vite). En colère aussi contre le Marechal parce qu’il considère que c’est lui le responsable de la débâcle à cause de son népotisme (le général Nzimbi est son cousin) et tribalisme. Ces militaires sont alors décidés d’aller à Kawele arrêter le Marechal et s’il ne leur paye leurs arriérés de solde et leurs primes, ils vont le tuer.

Avec toutes ces informations en tête, le Major Ngani fait demi-tour pour faire rapport au Maréchal de la menace que constitue maintenant pour lui ces éléments de sa propre garde prétorienne.

 

Le major Ngani réquisitionne l’avion de Jonas Savimbi

 

Arrivé au niveau de l’aéroport de Gbado-Lite, qui se situe entre Gbado et Kawele, le major Ngani entend les bruits des moteurs d’un avion. Il se décide d’entrer dans l’aéroport. Et là, il voit un gros porteur Iliouchine qui s’apprête à décoller. Et c’est le dernier avion disponible s’il veut évacuer le Marechal.

Il décide rapidement d’empêcher le décollage de l’avion en arrêtant sa jeep devant l’aéronef. Les pilotes ukrainiens descendent et demandent à Ngani quel est le problème. Le major explique qu’il doit d’urgence évacuer le président Mobutu de Gbado-Lite et il réquisitionne l’avion. Les pilotes rétorquent que leur mission était de venir récupérer les matériels militaires de Jonas Savimbi qu’il avait stocké à Gbado-Lite et non d’ évacuer le président Mobutu. Face à cette résistance de l’équipage, l’un des militaires du major Ngani va charger son arme. La discussion s’arrête net. L’équipage, composé d’anciens militaires soviétiques, a vite compris ce message.

 

Le major Ngani informe le colonel Motoko

 

Le major Ngani laisse deux hommes pour surveiller l’avion et l’équipage et reprend la route de Kawele pour faire rapport au Maréchal de la situation.

Le major Ngani informe déjà, par radio, son chef direct le colonel Motoko, le numéro 1 de la garde rapprochée du Maréchal. Il lui parle de la menace des éléments de la DSP qu’il a croisé sur la route de Mobayi-Mbongo, de l’avion qu’il vient de bloquer à l’aéroport. Il suggère à son chef l’évacuation sans délai du Marechal.

 

Le Maréchal Mobutu souhaite mourir comme un soldat, l’arme à la main.

 

Après la conversation, le major Ngani rejoint Kawele. Les deux officiers, Motoko et Ngani, font un rapide rapport de la situation au président Mobutu et lui proposent l’évacuation. A leur grande surprise, le Maréchal rejette l’option de fuite. Il leur rappelle qu’il est militaire et qu’il va se battre avant de mourir. Le colonel Motoko lui dit que pour se battre, il faut avoir des armes et des munitions. Et là, présentement ils n’avaient pas grand-chose. Le Marechal lui pose la question en lingala: ” Minduki ya Mandefu eza wapi ? ” Traduction : ” Où sont les armes du Barbu ? ”

 

Mama Bobi Ladawa refuse de quitter Kawele

 

Le « Barbu », c’est le surnom que le président Mobutu avait donné avait donné à Jonas Savimbi, le chef de la rébellion angolaise. Le colonel lui rappelle que ces armes avaient déjà été vendues à Eyadema, le président togolais. Le Maréchal finit par accepter l’évacuation. Mais c’est justes à ce moment-là que l’épouse du Maréchal, Mama Bobi Ladawa se met à pleurer en disant qu’elle ne partira nulle part. le colonel Motoko va calmement expliquer à la Mama que si elle refuse de monter dans le véhicule, il va lui tirer une balle dans la tête et ensuite, il se tuera lui-même. Devant cette situation tendue, le Dr Biamungu, l’un des médecins traitant du Maréchal, va carrément pousser Mama Bobi Ladawa dans le véhicule. Le colonel Motoko est au volant, Nzanga Mobutu, l’un des fils du Maréchal, est assis à côté du conducteur et le président Mobutu sur le siège arrière. Les autres membres de la famille suivent dans les autres véhicules.

 

A l’aéroport de Gbado-Lite

 

A l’aéroport, Nzanga Mobutu, qui parlent couramment anglais, explique la situation à l’équipage ukrainien et leur demande de faire descendre un camion qui était dans l’avion pour faire de la place. En effet, comme c’est un avion cargo, il n’y a pas des sièges pour passagers; ils décident alors de faire voyager le Maréchal Mobutu assis dans sa voiture Mercedes embarquée dans l’avion. Et Mama Bobi Ladawa va se rendre compte à ce moment–là, que l’un des gardes du corps lui a volé son sac à main à la résidence. Avec certainement de l’argent dedans, ses bijoux et surtout les passeports de la famille et leurs visas de séjour pour la France.

 

Les soldats mutins arrivent à la barrière

 

Après l’embarquement de toute la famille, on apprend au major Ngani qu’un groupe des mutins de la DSP vient d’arriver à la barrière de l’aéroport. Le major prend sa jeep et s’y rend. Ils trouvent les militaires qui veulent casser la barrière parce qu’ils ont appris que le Maréchal est entrain de fuir à bord d’un avion.

Le major Ngani, officier respecté par les éléments de la DSP, après avoir les avoir calmés, leur explique que le Maréchal, en quittant sa résidence, a pris toutes les dispositions pour que chacun d’eux reçoive ses arriérés de solde et de primes. Pour votre unité, leur dit-il, le Maréchal a remis des cartons d’argent à votre commandant, le colonel Ndoma. Il doit vous remettre cet argent avant de lancer la contre-offensive. Egayés par cette bonne nouvelle (qui était fausse en réalité) les mutins se précipitent de remonter dans leurs véhicules et de filer en direction de Kawele, la résidence du Maréchal. Une fois arrivés sur place, ils vont se rendre compte de la supercherie; ils se mettront alors à piller la belle et luxueuse résidence présidentielle.

 

Quelques mutins tirent sur l’avion du Maréchal au décollage

 

Revenons vers le Major Ngani qui, après le départ des mutins, quitte la barrière et se dirige vers l’avion. Un mutin, qui n’a pas cru à son histoire des cartons d’argent qui les attendaient à la résidence du Maréchal, va lui balancer une grenade dégoupillée qui va exploser à quelques mètres de lui. Il sera légèrement blessé au dos par un éclat mais parvient quand même à monter dans l’avion.

Au moment du décollage quelques militaires de la DSP vont tirer sur l’avion transportant le Maréchal.

 

Et le Maréchal Mobutu pleure dans l’avion

 

Ce 18 mai 1997 à 5heures du matin, le Maréchal Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga quitte définitivement la terre de ses ancêtres. Il n’y reviendra plus jamais.

Le dernier souvenir qu’il gardera de cette journée est qu’il se trouve à bord d’un avion-cargo, assis dans sa voiture; en train de pleurer ! Il pleure parce que ses propres militaires de sa DSP qu’il a tant chouchouté ont voulu le tuer en tirant sur son avion !

Certainement, à cet instant précis, il se souvient de ce verset biblique que ses enseignants, les prêtres catholiques belges du groupe scolaire de Coquilhatville (Mbandaka) lui faisaient réciter en latin pour lui apprendre l’humilité:

 

« vanitas vanitatum, omnia vanitas »

« vanité des vanités, tout est vanité ».

Ecclésiaste 1:2

 

A suivre !

 

Thomas LUHAKA LOSENDJOLA

 

Vos observations, corrections et critiques sont les bienvenues

 

Sources principales: Témoignage du Major Ngani et ” Ainsi sonne le glas” d’Honoré Gbanda

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Muhindo Nzangi informe Julie KALENGA de la remise des véhicules aux Professeurs Ordinaires du Kasaï Oriental

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Muhindo Nzangi informe Julie KALENGA de la remise des véhicules aux Professeurs Ordinaires du Kasaï Oriental

MBUJIMAYI, LE 07.01.2024|#CELCOMGOUV

La Gouverneure intérimaire du Kasaï Oriental, Julie KALENGA KABONGO, a reçu ce dimanche 07 janvier 2024 dans son cabinet de travail, le Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU), MUHINDO NZANGI BUTONDO, qu’accompagnaient le Conseiller Principal du Chef de l’État au Collège éducation, religion, culture et arts, l’Abbé Recteur de l’Université Officielle de Mbujimayi, le Professeur Appolinaire CIBAKA CIKONGO, etc.

Le patron de l’ESU en RDC est venu payer ses civilités à l’Autorité Provinciale et lui annoncer la mission qui l’amène en Province. Il s’agit de la cérémonie de remise des véhicules aux Professeurs Ordinaires du Kasaï Oriental, une promesse tenue du Chef de l’État, Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO.

«…Le Chef de l’État avait promis de pouvoir faciliter la mobilité des Professeurs et donc il nous a chargé de faire ce travail et c’est cela que le lot de véhicules qui sont arrivés, nous avons dit, on ne va pas s’arrêter à Kinshasa. En priorité, en province pour pouvoir encourager les Professeurs qui acceptent de rester ici et de participer à la formation de la jeunesse congolaise à partir des Provinces»

15 Professeurs Ordinaires du Kasaï Oriental seront bénéficiaires de ces engins roulants, au cour de la cérémonie prévue ce lundi 08 janvier 2024 sur le campus de l’UOM.

Par ailleurs, MUHINDO NZANGI a salué l’acceuil chaleureux lui réservé par la Gouverneure intérimaire. « Quand la dame vous accueille chez elle, vous sentez effectivement la chaleur de la grande Province du Kasaï Oriental», a-t-il confié, avant de préciser qu’il va présider la même cérémonie à Kananga, chef-lieu de la Province du Kasaï central ce lundi 08 janvier 2024.

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ACTUALITE

Face à l’ambition d’introduire la notion du genre en RDC (couple gay) du candidat président Denis MUKWENGE , Le président du parti travailliste Steve MBIKAYI répond dans une tribune libre.

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Tribune libre 21

La théorie du genre
En France, en son temps, l’opposition au mariage pour tous ( Homme – Homme, Femme – Femme )avait ravivé un débat lancé en 2011 par l’introduction de la théorie du genre dans les manuels scolaires de SVT, ( Sciences de la vie et de la terre ). Il s’en était suivi une grande manifestation.
En protestant contre la loi autorisant le mariage aux personnes de même sexe , les organisateurs de la manif avaient ravivé la polémique sur le genre. Le vrai but du mariage homosexuel est d’imposer la théorie du genre avaient-ils déclaré. À moi de renchérir, le vrai but de la théorie du genre est d’imposer le mariage homosexuel qui est une menace contre la famille et une dépravation qui va à l’encontre de la culture africaine. En ce moment , un lobby occidental fait la promotion de cette pratique contre nature et met du paquet pour imposer la théorie LGBT ( Lesbiennes, gays ,bisexuelles et transgenre ) et même leur emblème à travers le monde .
Pendant la législature 2011-2018 , j’avais introduit une proposition de loi à l’ Assemblée Nationale interdisant et pénalisant cette pratique en RDC. Les chancelleries occidentales à Kinshasa avaient entrepris des démarches auprès du bureau de l’AN pour recaler cette proposition. La proposition plusieurs fois perdue dans le circuit de l’AN avait été plusieurs fois réintroduite. Une congresswoman américaine avait même été dépêchée en mission à Kinshasa pour me rencontrer afin de m’en dissuader. Refusant de me rendre dans leur ambassade .Ceux qui connaissent mon idéologie politique anti impérialiste savent que je ne réponds pas aux rdv des ambassadeurs pour aborder les questions politiques de mon pays dans leurs chancelleries. J’avais réservé une fin de non recevoir à son invitation. J’avais proposé le restaurant Delice comme lieu de rdv. À cette occasion, devant témoins , madame me demandait de retirer ma proposition de loi. Le débat avait été long et houleux.
Elle n’avait jamais répondu à ma question de savoir si c’était possible qu’un ambassadeur français , par exemple , demande à un congressman américain de retirer une proposition de loi… En définitive, ma réponse avait été claire et stricte. Je suis un député congolais élu par les congolais et légiférant pour les congolais. Je maintenais ma proposition. Acculé à ce sujet, le président Minaku avait jugé bon de m’envoyer dans une longue mission en Corée du Sud . À mon retour, la proposition de loi était introuvable. Pendant dix ans, mes demandes de visas avaient été systématiquement rejetées.Ceci est pour démontrer la détermination qu’ont les occidentaux d’imposer cette pratique contre nature au monde entier. Heureusement, il y a des États indépendants, avec en tête la Russie et les pays arabes qui disent niet .
Malheureusement en RDC , ils ont trouvé une porte d’entrée. Un candidat président de la République. Le docteur est venu avec la même euphorie que docteur Kashala en 2006. Au finish, à l’instar de son confrère de 2006 , le docteur de 2023 risque de finir dans les oubliettes après Décembre 2023 à cause de sa témérité à vouloir faire plaisir au lobby qui lui auraient sûrement exigé de faire cette déclaration après le dépôt de sa candidature avant de lui ouvrir ses vannes pour sa campagne électorale . Malgré la subtilité de son message, les esprits alertes ont tout compris.C’est en vain que ses communicateurs tentent de maquiller son propos.
Très attaché à ses valeurs culturelles et essentiellement chrétien , le peuple congolais ne peut s’hasarder à livrer la RDC à Satan sur un plateau d’argent. Quoi que l’on dise , le Fatshi est connu pour son attachement à l’évangile. Je ne vois pas par quelle magie ils accepteront de le remplacer par un président qui fait la promotion d’une sexualité contre nature. Jamais les congolais n’ accepteront de transformer la RDC en une espèce de Sodome et Gomorrhe.
À ce point de vue, sauf miracle ,les carottes semblent cuites pour notre docteur.

Steve Mbikayi (suite…)

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CULTURE

Page d’histoire culturelle : « CHEMIN DE LA VIE » OU LE PARCOURS VERS LE SUCCÈS DE KOFFI OLOMIDE 

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Page d’histoire culturelle : « CHEMIN DE LA VIE » OU LE PARCOURS VERS LE SUCCÈS DE KOFFI OLOMIDE

L’aspect ignoré de la musique congolaise

 

Un auteur célèbre avait défini la vie comme étant la distance qui sépare notre berceau de notre tombe. Durant ce moment de vie, plus ou moins long, toute personne normalement constituée devrait se poser trois questions au moins : Ou étais-je avant ma naissance ? Quel est le sens de ma vie ? Qu’y a-t-il après la mort ? Contrairement à l’image caricaturale qu’on donne parfois de la musique congolaise (musique limitée à l’apologie de l’amour et des plaisirs sensuels) et des musiciens congolais (des personnages superficiels, adeptes de jouissances, égocentriques et matérialistes), la rumba et les artistes–musiciens congolais ont produit et continuent de produire des chansons qui ont souvent pour thèmes des sujets graves et profonds tels que la vie, la mort, l’ingratitude, la religion, l’éducation. . .

 

Des chansons de réflexion

 

Par exemple, Rochereau Tabu Ley écrira, en 1966, une très belle chanson sur la mort intitulée « Mokolo nakokufa » ou « le jour de ma mort ». C’est le tout premier disque d’or de l’histoire de la musique congolaise. Un autre musicien, ancien joueur de clarinette dans la fanfare de l’Église Kimbanguiste, du nom de Verckys Kiamwangana Mateta, sortira une chanson au début des années 1970, dans laquelle il s’interroge sur les croyances et pratiques du christianisme en général et du catholicisme en particulier. C’est la chanson « Nakomitunaka » qui veut dire tout simplement « Je m’interroge ». Chanson que le président Mobutu va utiliser dans sa croisade contre l’église catholique et le cardinal Malula.

 

Koffi Olomide le penseur

 

Dans cette lignée, un autre artiste-musicien de talent du nom d’Antoine-Christophe Agbepa Mumba dit Koffi Olomide, qui à mon humble avis fait partie du Top 10 des meilleurs compositeurs de la rumba congolaise, va nous raconter son parcours initiatique de la vie dans une très belle chanson justement intitulée « Chemin de la vie ».

Nous allons tenter de décortiquer cette chanson de 6 minutes 54 secondes en suivant Koffi Olomide dans les cinq étapes qu’il a franchies dans son cheminement philosophique et spirituel. En effet, le fils d’Amy Muyonge Moore (membre de la célèbre association de Femmes commerçantes du zaïre,FECOZA) et de charles Agbepa (ancienne star du football kinois et joueur de l’équipe V-Club) va connaître un parcours initiatique personnel, parcours qu’il nous raconte dans la chanson sous examen. Ces cinq étapes sont :

 

1° Le questionnement

2° La prière

3° Le bilan de sa vie

4° L’illumination ou l’éveil

5° La sérénité

 

I. Le questionnement

 

Koffi Olomide commence dans la première strophe de sa chanson par un questionnement que voici :

 

« Ngai nasala nini vraiment ?

Ngai nasala nini penza ?

Po nabonga na la vie

Po nga pe bandima nga

Batika koseka ngai

Batika kozomela ngai

Pona bonga na mokili

Po nga pe bandima nga

Lokola baninga »

 

Traduction

 

« Que dois-je faire vraiment (2 fois)

Pour réussir dans la vie

Pour qu’on m’admire aussi

Pour qu’on arrête de se moquer de moi

Pour qu’on arrête de me huer

Pour réussir dans le monde

Pour qu’on m’admire aussi

Comme on admire les autres ? »

 

Dans cette strophe, on voit bien que l’artiste est en plein questionnement existentiel. Chaque être humain a besoin, au-delà du boire et du manger, de considération sociale et de l’estime de soi, résultat du sentiment de réussite. Koffi a remarqué que dans la vie, ceux qui ont « réussi » sont considérés et admirés. Il se pose alors la question de savoir que doit–il faire pour réussir ?

 

II. La prière

 

Après ce questionnement, le chanteur va adresser une prière particulière à Dieu. Cette prière comporte deux parties.

 

1° « Moyen moko soki ezali

Nzela moko soki ezalaka

Oyo moto alandaka po abonga

Lakisa ngai yango Yahweh

Palado ! Ata na ndoto »

 

Traduction

 

« S’il existe un moyen

S’il existe une voie

Qu’une personne peut suivre pour réussir

Montre–la moi, Seigneur !

S’il vous plaît! Même en rêve !

 

Notre narrateur, n’ayant pas trouvé des réponses aux questionnements de la première strophe, va se tourner vers son Dieu à qui il adresse cette touchante prière. Comme il est dit dans la Bible que Dieu s’exprime de plusieurs manières, il lui demande de lui révéler le moyen à utiliser ou le chemin à emprunter pour arriver à la réussite. Il supplie Dieu de lui faire cette révélation même dans un rêve.

 

2° ” Limbisa masumu ma nga

Mabe na nga natubeli

Oya nga nzela soki bakanga

Etoile na nga soki babebisa

Na bondoki to na magie

Fungola nga nakende liboso ”

 

Traduction

 

” Pardonne–moi mes péchés

Je confesse mes mauvaises actions

Mon chemin semble barricadé

Mon étoile paraît obscurcie par des gens

Qui pratiquent la sorcellerie ou la magie

Délivre–moi (Seigneur) pour que j’aille de l’avant.”

 

Dans cette seconde partie de la prière, l’auteur compositeur mélange deux croyances spirituelles, la croyance chrétienne et la croyance bantoue.

 

La croyance chrétienne

 

Conformément à cette croyance, Koffi pense que les difficultés qu’il rencontre dans la vie peuvent avoir pour origines ses propres péchés (comportements contraires aux prescriptions divines contenues dans la Sainte Bible) ou ses mauvaises actions. Comme chrétien, il doit de les confesser afin d’être absout. Cette absolution permettra à Koffi de jouir de la Grâce divine. Et c’est la grâce divine qui va déboucher son chemin et lui permettre ainsi d’aller de l’avant.

 

La croyance bantoue

 

En même temps, l’auteur de cette chanson pense, comme beaucoup de bantous, que ses malheurs peuvent avoir une origine, non pas expiatoire pour ses propres péchés ou ses mauvaises actions, mais plutôt maléfique; suite à la pratique de la sorcellerie et de la magie noire par certains individus malveillants. Ces personnes auraient le pouvoir de remplir d’obstacles votre chemin vers la réussite ou d’empêcher votre étoile de briller. Le narrateur demande alors à Dieu de neutraliser toutes ces forces maléfiques afin de libérer son chemin vers la réussite.

 

Après le questionnement et la prière, Koffi Olomide va accéder maintenant à l’étape où il fait le bilan provisoire de sa vie. Souvenons–nous qu’à l’époque où il compose cette chanson « Chemin de la vie », Koffi Olomide a une trentaine d’années.

 

III. Le bilan de sa vie

 

” Tangu nazalaki mwana moke

Na ba mbula zomi na ndambo

Moto soki azalaki na vingt-cinq ans

Nazalaki komona ye mpaka

Lelo nga ba mbula tuku misatu

Eloko moko te, kaka boye

Nabandi kobota, nabali

Aristote akobenga nga Papa

Elvis pe aye sima ndenge moko

Mwana mobali akosuka wapi ? ”

 

Traduction

 

” Lorsque j’étais très jeune

Agé d’une dizaine d’années (adolescent)

Une personne qui avait 25 ans

Me paraissait très âgée

Et moi aujourd’hui, à trente ans

Je suis toujours démuni, les mains vides

Alors que je commence à avoir des enfants, je suis même marié

Aristote (son fils ainé) m’appelle « Papa »

Elvis (le 2e fils) aussi est né et fait la même chose

Comment je vais m’en sortir dans cette existence ? ”

 

L’auteur-compositeur, en faisant le bilan de sa vie, se rend compte qu’il n’est qu’un simple prolétaire au sens romain du terme. En effet, dans l’antiquité romaine, on appelait « prolétaires », les membres de la dernière classe sociale qui était exemptés du payement de l’impôt; parce qu’ils n’avaient pour toute richesse que leurs enfants susceptibles de servir la République. Et le parolier nous avoue qu’il n’a absolument rien (ni maison, ni voiture, ni compte en banque…), sauf ses deux fils Aristote et Elvis. Il s’interroge alors comment il va se dépêtrer de cette existence misérable (ou déplorable).

 

IV. L’illumination ou l’éveil

 

Nous pouvons définir l’illumination ou l’éveil spirituel, le processus par lequel on accède à une vérité spirituelle qu’on ignorait jusque-là. Ecoutons Koffi Olomide nous révéler cette vérité qu’il découvre à la quatrième étape de son parcours initiatique.

 

” La vie nde boye, Papa

La vie nde boye, Mama

Bato bakokanaka te

Nzambe aza pourtant se moko

Ye moko akela bato na se

Ye moko atiya bokeseni

Ye moko ayebi destin ya moto

Ngai moto nalela tina nini ? ”

 

Traduction

 

” C’est comme ça la vie, mon cher

C’est comme ça la vie, ma chère

Les gens ne se ressemblent pas

Et pourtant Dieu est Unique

C’est lui qui a créé les habitants de la terre

C’est lui qui a établi les différences

C’est lui qui connaît le destin de chacun

Pourquoi devrais–je me lamenter ? ”

 

On voit dans cette strophe que Koffi Olomide découvre la vérité selon laquelle Dieu est le maître de tout. Créateur du Ciel et de la Terre, Il a aussi créé les hommes en les dotant des capacités et des talents différents. Chacun d’entre nous devrait utiliser ses capacités et ses talents conformément à son destin. Oui, parce que chacun de nous a son destin.

 

Sur base de ce constat, le compositeur conclut qu’il serait insensé de se comparer aux autres (vous n’avez ni les mêmes capacités ni le même destin) ou de se lamenter.

Cette révélation ou illumination va conduire Koffi Olomide à la cinquième et dernière étape de son parcours : la sérénité.

 

V. La sérénité

 

Après s’être posé des questions, après avoir prié, fait le bilan de sa vie et reçu la réponse, Koffi Olomide accède à la sérénité. Ceci transparaît clairement dans la dernière strophe de sa chanson.

 

« Ngai papa n’Elvis

Nasalaka na boboto

Na motema petua pe moko

Eloko kombo zua nayebi te

Likunya nzambe apima ngai

Yango nalelaka te po nayebi

Nzambe akopona ngai

Na tango na nga !

 

Traduction

 

« Moi le papa d’Elvis

Je travaille avec bienveillance (bonté)

Avec un cœur pur et sincère

Je ne connais pas le sentiment de jalousie

Dieu m’a privé de la convoitise

C’est pourquoi je ne me lamente jamais

Parce que je sais que Dieu me choisira

Quand mon heure viendra »

 

Ici, l’artiste nous donne sa recette pour atteindre le succès, la réussite. Il suffit de travailler dur, avec bienveillance et honnêteté, sans jalouser personne ni convoiter les biens ou la réussite des autres ; ta réussite ou ton succès sera au rendez-vous au moment où Dieu l’avait programmé, conformément à ton destin. En attendant ce grand jour, reste serein ! Et c’est cette sérénité qui va t’aider à déployer tout ton talent, toutes tes capacités quelque soit ton domaine d’activité.

 

Merci beaucoup à l’artiste Koffi Olomide, le Grand Mopao, pour avoir partagé avec nous dans son « chemin de la vie » la recette qui l’a mené au sommet du succès de la musique congolaise et africaine. Je dois aussi témoigner que personnellement cette chanson m’a aussi aidé à traverser les périodes difficiles de mon humble existence.

 

A suivre !

 

Thomas LUHAKA LOSENDJOLA

 

Vos observations, corrections et critiques sont les bienvenues

 

P.S.: La chanson ” Chemin de la vie ” est disponible sur YouTube en deux versions : la version originale chantée par Koffi Olomide lui-même et la version chantée par la talentueuse Cindy le Coeur.

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